Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
COROA (crown), une performance d'Ana Pi à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo

Ce deuxième et dernier temps fort de l'exposition Le centre ne peut tenir rassemble dans l'Agora de Lafayette Anticipations trois des participants de l'exposition, Andrés Jaque/ Office for Political Innovation, Ève Chabanon et Cooking Sections, ainsi que l'écrivain et curateur Omar Berrada, l'architecte Ippolito Pestellini Laparelli, la curatrice Judith Wielander et la chorégraphe Ana Pi.
 
À travers des conversations et des performances, la journée propose différentes positions en réponse à des problématiques géopolitiques et identitaires : de la mutation des territoires à la porosité des espaces frontaliers, en passant par la redéfinition des identités locales par opposition aux identités globales.

Programme de la journée

10h - 12h30 - Atelier mené par Cooking Sections dans le cadre de leur projet Losing Cultures
15h - Introduction par les curateurs de l'exposition Le centre ne peut tenir, François Quintin, Charles Aubin, Anna Colin et Hicham Khalidi
15h30 - Andrés Jaque et Ippolito Pestellini Laparelli en conversation
16h30 - COROA (crown), une performance d'Ana Pi
17h30 - Ève Chabanon en conversation avec Judith Wielander
18h30 - Tombouctou 52 jours, une conférence-performance d'Omar Berrada
20h - Cooking Sections (Alon Schwabe et Daniel Fernández Pascual), une dégustation-performance
22h - Fin

Infos pratiques

La journée se déroule en français et en anglais et sera traduite simultanément.

L'accès à ces événements est libre et gratuit pour toutes et tous, mis à part la dégustation-performance de Cooking Sections qui nécessite l'achat préalable d'un ticket disponible sur la billetterie en ligne : http://bit.ly/dégustation-performative.


Programme en détail :

La journée commence par une introduction par les curateurs de l'exposition Le centre ne peut tenir, François Quintin, Charles Aubin, Anna Colin et Hicham Khalidi.

Elle est suivie par une conversation entre les architectes Ippolito Pestellini Laparelli et Andrés Jaque, tous deux membres de l'équipe curatoriale de la biennale Manifesta 12 à Palerme (16 juin - 4 novembre 2018). Au-delà des complicités artistiques qui lient Manifesta 12 à Lafayette Anticipations (Rayyane Tabet faisait partie de l'exposition Faisons de l'inconnu un allié, Cooking Sections participe à l'exposition actuelle et Andrés Jaque a conçu l'espace de discussion dans l'Agora), la biennale européenne aborde des problématiques similaires à celles soulevées dans Le centre ne peut tenir, à savoir : la question des territoires en mutation et de leurs frontières contestées, et le besoin d'un rééquilibrage entre interactions locales et globales.

Introduction et conversation en anglais, traduite en français.

**

La journée se poursuit avec COROA (crown), une création d'Ana Pi qui, à travers une danse extrêmement perpendiculaire, invite le public à apprécier la fermeté du corps dans sa verticalité. Un corps qui défie la gravité, la loi de la gravité qui opère à travers tous les corps, mais aussi la gravité qui opère seulement sur quelques corps. Le mot crown (couronne) fait référence aux folias, reisados and congados (les cultures de la diaspora brésilienne noire) ; la couronne ayant ouvert un espace pour toute une communauté afin de réorganiser leurs chefs et continuant encore à ce jour. COROA (crown) active diverses idées autour de l'image du corps brésilien noir, plus particulièrement de femmes brésiliennes noires, afin de provoquer de la complexité dans un terrain souvent marqué par les limites de la représentation.

**

La curatrice Judith Wielander mène une conversation avec l'artiste Ève Chabanon autour des étapes et enjeux du projet collaboratif The Surplus of the Non-Producer, présenté dans l'exposition. The Surplus of the Non-Producer prend pour point de départ la difficulté voire l'incapacité de l'artisan, de l'artiste et du praticien culturel en exil à exercer leur pratique face à des facteurs légaux ou encore matériels, comme le manque d'accès à des outils et à un atelier, l'absence de traces pour prouver leur travail passé ou encore de réseau. Certain·e·s en viennent parfois à abandonner leur pratique, jugée obsolète ou trop éloignée des canons de l'Europe de l'ouest. The Surplus of the Non-Producer questionne la relation entre pratique et identité, et cherche des failles dans le système pour faire débat, mais aussi, et surtout, créer du possible et de la valeur.

Conversation en français, traduite en anglais.

Judith Wielander est co-fondatrice et co-directrice avec Matteo Lucchetti de Visible, un projet de recherche et un prix bisannuel pour les pratiques artistiques engagées socialement dans un contexte global.

**

La visibilité nouvelle de corps noirs dans les villes marocaines s'accompagne de violences verbales et physiques bien documentées. Parmi elles, la plus anodine, qui consiste à les nommer « les Africains », est révélatrice. Ignorant des siècles d'échanges transsahariens, elle renvoie l'Afrique à une altérité radicale. Quand le récit national s'est-il ainsi racialisé ? Comment le désert s'est-il transformé en frontière ? Pourquoi la marocanité s'oppose-t-elle à l'africanité ? Quelle est la part de l'histoire coloniale dans ces constructions symboliques ?

Dans sa conférence-performance "TOMBOUCTOU 52 Jours", Omar Berrada met en perspective ces questions en combinant images d'archives, analyse historique, montage cinématographique et anecdotes personnelles. Tissant une fable aux temporalités mêlées, il donne à entendre les silences de l'histoire qui font irruption dans le présent.

Une version antérieure de Tombouctou 52 jours a été présentée dans le cadre de Performa 17 au sein du programme "Afroglossia" conçu par Adrienne Edwards.

Conférence-performance en français, traduite en anglais.

Omar Berrada est écrivain, curateur et directeur de Dar al-Ma'mûn, bibliothèque et résidence d'artistes à Marrakech. Il a été producteur à France Culture, programmateur aux Revues parlées du Centre Pompidou et commissaire du Salon international du livre de Tanger. Plus récemment il a dirigé Les Africains, ouvrage sur les migrations et les dynamiques raciales au Maroc, et conçu des expositions autour de l'œuvre et de l'archive d'Ahmed Bouanani. Il a été commissaire invité du Abraaj Group Art Prize pour 2017 et du Forum 1:54 pour 2018, et co-rédacteur de tamawuj.org, la revue en ligne de la Biennale de Sharjah. Vivant actuellement à New York, il enseigne à Cooper Union où il co-organise la IDS Lecture Series.

**

Enfin, Cooking Sections (Alon Schwabe and Daniel Fernández Pascual) clôturera cette journée par une dégustation-performance de vin et fromage qui prolonge les recherches du duo menées dans le cadre de leur installation présentée au sein de l'exposition Le centre ne peut tenir. Intitulée Losing Cultures, cette nouvelle entreprise questionne l'idée même de "terroir" et ses implications politiques, symboliques et économiques, à l'heure du dérèglement climatique. Pour cet événement, Schwabe and Fernández Pascual ont pour objectif de proposer un nouveau langage pour décrire les produits émergeant de paysages français transformés ou en voie de transformation par le réchauffement climatique.

Événement en anglais, traduit en français.

La billetterie en ligne pour cet événement est disponible ci-après :
http://bit.ly/dégustation-performative.
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
Introduction par les curateur·trice·s de l'exposition Le centre ne peut tenir à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
Andrés Jaque en conversation avec Ippolito Pestellini Laparelli à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
COROA (crown), une performance d'Ana Pi à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
Ève Chabanon en conversation avec Judith Wielander à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
Tombouctou 52 jours, une conférence-performance d'Omar Berrada à l'occasion de la journée Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Autour du Centre #2 dans l'Agora de Lafayette Anticipations, 8 septembre 2018
Dégustation-performance de Cooking Sections (Alon Schwabe et Daniel Fernández Pascual) à l'occasion de la journée Autour du Centre #2, 8 septembre 2018 © Martin Argyroglo
Ève Chabanon a étudié à la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) de Strasbourg et à Open School East à Londres / Margate. À travers la performance, l'écriture et les objets, l’artiste crée des situations – impliquant généralement des communautés locales, des groupes marginalisés à l'intérieur et à l'extérieur des structures éducatives - qui produisent des espaces de questionnement et de débat.

Son projet, The Anti-Social Social Club: Episode One, The Chamber of the Dispossessed, est une performance organisée à la manière d’un débat public du conseil municipal de la mairie de Barking (2017). L’objectif était de discuter avec un échantillon représentatif de la municipalité de la façon de se gouverner soi-même, de s’organiser, vivre, travailler et survivre ensemble. Assis dans les mêmes sièges que les conseillers municipaux et utilisant les mêmes microphones, le public devenait acteur, transformant le lieu en un abri imaginaire ; au-delà de l'art ou du théâtre, la situation soulignait la façon dont le débat public devrait être incorporé dans le processus politique démocratique.

Ève Chabanon prépare actuellement deux expositions montrées en 2018 : au Frac Grand Large (Dunkerque) et à Clearview (Londres). Elle participe également à l'exposition collective Le centre ne peut tenir à Lafayette Anticipations à Paris (2018).

Cooking Sections rassemble Daniel Fernández Pascual (né en 1984) et Alon Schwabe (né en 1984), un duo basé à Londres formé en architecture et arts visuels, notamment à Goldsmiths University.

Cooking Sections étudie les systèmes qui organisent le monde à travers les politiques alimentaires souvent par le biais de projets de recherche à long terme. Utilisant l'installation, la performance, la cartographie et la vidéo, les travaux du duo explorent les intersections possibles entre géopolitique, arts visuels et architecture.

Le travail de Cooking Sections a été présenté à Lafayette Anticipations à Paris (2018), à Storefront for Art and Architecture à New York (2017), à la Neue Nationalgalerie de Berlin (2014), au pavillon américain de la Biennale d'architecture de Venise 2014 et à DOCUMENTA (13) en 2012.

Cooking Sections fait partie de Manifesta 12 à Palerme. Les écrits du duo ont été publiés dans plusieurs magazines internationaux, dont e-flux, Frieze et Volume, ainsi que dans des publications telles qu’OfficeUS (Lars Müller) et Forensic Architecture (Sternberg Press). Leur livre The Empire Remains Shop (2018) est publié par Columbia Books on Architecture and the City.

Selon Andrés Jaque, l’architecture est « une activité politique et non-idéologique », c’est-à-dire une pratique constante de la négociation entre acteurs

L’architecte espagnol Andrés Jaque vit et travaille entre New York (où il enseigne à Columbia et Princeton) et Madrid, siège de son agence d’architecture intitulée Office for Political Innovation. 

Andrés Jaque et son agence d’architecture réalisent des commandes commerciales - constructions résidentielles, foires d’art contemporain (par exemple l’ARCO à Madrid) ou réaménagement d’espaces publics - ainsi que des projets conceptuels, tels des vidéos, performances ou installations multimédias. .

Son exposition, Sex and the So-Called City, s’est tenue au Storefront for Art and Architecture à New York. Partant de la série culte éponyme du début des années 2000, Andrés Jaque a exploré dans cette exposition le changement urbain radical qu’a connu New York sous le maire Michael Bloomberg. L’exposition fait partie d’une série de travaux qui inclut les œuvres Pornified Homes (Triennale d’architecture d’Oslo, 2016) et Intimate Strangers (Design Museum de Londres, 2017), à travers lesquelles Jaque et son agence explorent la façon dont les stratégies immobilières et la multiplication des échanges virtuels produisent de nouvelles formes d’urbanismes sexualisés.

Andrés Jaque a remporté le Lion d’argent de la Biennale d’architecture de Venise en 2014, et le Prix d'architecture et d'art Friedrich Kiesler en 2016. Il a été le co-commissaire de la Biennale Manifesta 12 de Palerme aux côtés de Ippolito Pestellini, Bregtje van der Haak et Mirjam Varandinis.

En 2018, il participe à l'exposition Le centre ne peut tenir à Lafayette Anticipations, Paris.