Rana Hamadeh, <i>The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]</i>, 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.
Rana Hamadeh, The Ten Murders of Josephine : [Composition #4], 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam. © Pierre Antoine

The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]

Date : 2018
Technique : Composition pour un opéra / Installation 8 pistes avec carton perforé et orgue mécanique, téléphone, imprimante et 3 afficheurs LED synchronisés. Cette version a été adaptée pour être exposée dans une seule pièce. Durée : 45 min

The Ten Murders of Josephine (Les dix meurtres de Joséphine) est un projet d’opéra au long cours de l’artiste Rana Hamadeh, structuré en plusieurs versions évolutives qui s’entrechoquent et se substituent les unes aux autres. Il comprend des compositions sonores, des pièces de théâtre, des écrits, un film en cours de réalisation et un groupe de travail. Josephine, la protagoniste de l’opéra, est librement inspirée de la cantatrice du peuple des souris de Kafka. Elle est présentée comme élément structurant autour duquel s’articulent les questionnements de l’artiste sur les notions de « discours valide », propriété, travail, légalité, documentalité, o/auralité et théâtre.

En s’interrogeant sur les éléments constitutifs de la « validité » dans le discours légal, Rana Hamadeh explore les conditions permettant à quelqu’un ou quelque chose de se constituer – ou d’émerger – comme « sujet-témoin », non seulement en dehors du cadre strict de la justice, mais à la place du sujet juridique même. Cette activation du « témoignage » s’applique à tout ce qui est non valide, irrationnel, indicible et invisible au regard de la loi : « ce qui subsiste au sein de la voix documentaire, à la fois à cause et malgré cette voix ». Elle pointe vers une « archive d’effacement effacée » et se matérialise – phonétiquement – comme un monument au discours absent.


L’un des éléments structurant la composition sonore est l’histoire de la révélation coranique et, à travers elle, le questionnement de la notion de « propre » (discours propre) sous l’angle de sa conjonction historique avec celle de « propriété ». En effet, l’archange Gabriel demande au prophète Mohammad de « réciter » ; or le verbe « réciter », qui est souvent confondu avec l’injonction de « lire », structure la compréhension juridique du corps comme lien, comme une forme de dette envers son créateur. Un autre élément est l’affaire Gregson vs Gilbert de 1783, l’unique document attestant le massacre du navire Zong, au cours duquel 133 esclaves africains furent passés par dessus bord sur ordre du capitaine dans le but de réclamer l’assurance sur leurs vies. Ce jugement, qui a fait jurisprudence, révèle non seulement la logique implacable et sanguinaire du système légal, mais continue par ailleurs d’informer notre conception du « discours valide » comme principe de la citoyenneté moderne. Parmi les autres éléments dont l’artiste s’inspire tout en s’en écartant figurent une chanson d’amour anticoloniale palestinienne qui interroge la folklorisation des témoignages oraux ; le témoignage d’un ancien détenu de Guantanamo Bay, qui lève le voile sur le fonctionnement des centres de détention et organes judiciaires gérés par des organismes privés pour le compte de l’Etat (la composition sonore de l’installation utilise notamment la publicité pour aliments pour chats « Meow Mix » diffusée à longueur de journée à Guantanamo Bay) ; l’histoire de l’écriture et du codage ; et enfin la transe comme forme de témoignage.


L’installation actuelle est configurée comme un système en réseau de parties interactives. Les relations entre ces parties permettent aux différents récits, temps, espaces, événements et personnages de l’opéra d’émerger et de se désintégrer au gré d’une partition en boucle de quarante-cinq minutes. Interrompue par le traitement en direct de la parole des spectateurs ainsi que par la décomposition en direct de la partition par un orgue mécanique jouant en boucle, l’œuvre se présente comme une sorte de « camp sonore » qui respire et se transforme au sein même du bâtiment de la Fondation.


Crédits

Collaboration technique

Jorg Schellekens : ingénieur du son / lumière
Andre Castro & rad0van Misovic : programmation
Andre Castro : traitement vocal en direct

Voix

Gerrie de Vries : soliste
Aerea Negrot : choriste
Gerty van de Perre : choriste
Rosa de Graaf : commentaire

Équipe de production

Decap Company : réalisation orgue et carton perforé
Rik Fernhout : consultant

Équipe curatoriale

Defne Ayas : directrice du Witte de With
Natasha Hoare : curatrice
Hicham Khalidi : curateur Lafayette Anticipations
Maaike Gouwenburg : productrice
Patrick C. Haas : producteur
Rosa de Graaf : assistante curatoriale

The Ten Murders of Josephine est une commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam. Co-production A.P.E. (Art Projects Era) et Productiehuis Theater Rotterdam. Soutien en production de Lafayette Anticipations - Fondation d’entreprise Galeries Lafayette et In4Art Collection.

The Ten Murders of Josephine est soutenu par le Fonds Mondriaan, AFAC, Fonds 21, Gemeente Rotterdam, et le Prins Bernhard Cultuurfonds.

Remerciements : Omar Berrada, Danielle Gallegos, Tanja Elstgeest, Huub Krom / Oorbit Studio, Studio Santeboutique, Hicham Khalidi, Lafayette Anticipations - Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, François Quintin, Rik Fernhout, équipe Witte de With, et Sisters in Crime study group.
Rana Hamadeh, <i>The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]</i>, 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.
Rana Hamadeh, The Ten Murders of Josephine : [Composition #4], 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam. © Pierre Antoine
Le Centre ne peut tenir / Le regard de Barbara Carlotti #5 © Lafayette Anticipations
Rana Hamadeh, <i>The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]</i>, 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.
Rana Hamadeh, The Ten Murders of Josephine : [Composition #4], 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam. © Pierre Antoine
Le Centre ne peut tenir / Interview Hicham Khalidi #2 © Lafayette Anticipations
Rana Hamadeh, <i>The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]</i>, 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.
Rana Hamadeh, The Ten Murders of Josephine : [Composition #4], 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam. © Pierre Antoine
Rana Hamadeh, <i>The Ten Murders of Josephine : [Composition #4]</i>, 2018. Vue de l’installation, Lafayette Anticipations, 2018. Commande du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.
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