La Gentrification des esprits

Conversation à l'occasion de la traduction en français du livre de Sarah Schulman, La Gentrification des esprits, un retour captivant sur la crise du sida et l'activisme d'ACT UP dans le New York des années 1980 et 1990. Sarah Schulman, elle-même new-yorkaise et militante de la cause LGBT, se souvient de la disparition du centre-ville, pratiquement du jour au lendemain, de la culture rebelle queer, des loyers à bas coûts et du prolifique mouvement artistique qui se développait au coeur de Manhattan, remplacés par des porte-parole gays conservateurs, ainsi que par le consumérisme de masse. Elle décrit avec précision et engagement le « remplacement d'une communauté par une autre » et le processus de gentrification qui toucha ces quartiers concomitamment à la crise du SIDA.
Pour accompagner Sarah Schulman dans cette discussion, l'historienne de l'art et critique Elisabeth Lebovici, auteure de Ce que le Sida m'a fait (2017), un ouvrage qui revisite les liens entre art et activisme durant les « années sida » en France et aux États-Unis. Elles s'entretiendront au sujet de leurs approches respectives d'un mode d'écriture de l'histoire que l'on pourrait dire « affecté ».
 
En choisissant d'écrire à la première personne leurs traversées respectives, mais croisées, du plus fort de l'épidémie du Sida, Schulman et Lebovici nous rendent lisible et sensible la difficile constitution d'un « je » agissant dans une période où il était nié par les structures étatiques, médicales et familiales. La Gentrification des esprits et Ce que le Sida m'a fait - tout en nous plongeant au coeur d'une période bouillonnante de création et d'affirmation personnelles et collectives de l'avant-garde queer - interrogent les responsabilités et les intérêts de l'État dans son inaction quant à la prise en charge de l'épidémie. Comme le note Sarah Schulman dès l'introduction de son livre, en parlant plus précisément des relations entre la mort de masse due à l'épidémie de Sida, et la gentrification des grandes métropoles occidentales, « rien de tout ceci n'est prouvé [...] Il est plus judicieux de reconnaître dès le début que ce livre se présente en fait comme des mémoires, comme un témoignage personnel et intellectuel de ce que j'ai pu observer, expérimenter et de ce que j'en suis venue à comprendre ».
 
Au-delà du témoignage ce sont donc aussi des questions de méthode, voire de stratégies, qu'aborderons Sarah Schulman et Elisabeth Lebovici.
 
La Gentrification des esprits est traduit de l'américain par Emilie Notéris, postface par Vanina Géré et publié aux éditions B42 dans la collection Culture, dirigée par Mathieu Kleyebe Abonnenc.
 
La soirée est présentée par Mathieu Kleyebe Abonnenc et Vanina Géré.
Rencontre
Lafayette Anticipations

dimanche 14 oct. 2018
de 16h à 18h


Accès libre et gratuit