Si Okarina e Runikut
Le travail de Petrit Halilaj se nourrit d’un rapport intime, mémoriel et anthropologique à la terre natale. La sienne – le Kosovo – représente le matériau d’une œuvre qu’il construit avec l’intensité de la résilience dont sont doués celles et ceux que l’histoire déplace. Chacune de ses productions porte le récit d’une époque bientôt révolue, d’un espace et d’une culture en mutation. Si Okarina e Runikut est tant œuvre qu’instrument de musique. Réalisé grâce à l’enseignement transmis à l’artiste par Shaqir Hoti, l’un de ses derniers fabricants kosovars, l’ocarina de Petrit Halilaj est un symbole de la culture propre au Kosovo : fabriqué en argile depuis l’époque néolithique, cet instrument typique est l’une des idiosyncrasies de son pays que l’artiste porte à notre connaissance et notre écoute. Muni d’un lien en laiton, l’instrument peut être suspendu, en prise au vent qui activera cette œuvre porteuse de savoirs ancestraux transmis par culture orale. Loin de dépeindre les tourments de son pays, Petrit Halilaj s’attache dans ses œuvres à montrer des fragments de sa culture, éclipsée de nos mémoires et nos représentations par les conflits des années 1990.
Exposition
Galerie Kamel Mennour, Paris (France)
du 18 oct. au 22 nov. 2014
L’œuvre de Petrit Halilaj est intimement liée au questionnement des racines. Son histoire personnelle est marquée par l’exil de sa famille qui a fui la guerre du Kosovo, un souvenir dont l’artiste se sert comme d’un matériau pour explorer les notions de nation et d’identité culturelle en confrontant son expérience intime à une mémoire collective. Le contournement de la réalité qu’il opère à l’aide d’animaux naturalisés, de terre ou de gravats est la formulation d’une critique politique des conflits. Ses installations sont aussi le terreau de réflexions sur la mémoire, la liberté et l’identité. Comme le travail de recherche sur le trauma constitue un point de départ dans son œuvre, le caractère fragmentaire de ses installations n’est pas sans évoquer une réponse possible à la violence subie par le Kosovo et sa population.
Né en 1986 à Kostërrc (Kosovo), Petrit Halilaj a été formé à l’Académie de Brera à Milan (Italie). Il vit et travaille à Berlin (Allemagne).