Warm Up Session avec Nacera Belaza

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1ère diffusion il y a 18734 jours

Warm Up Session avec Nacera Belaza

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Initialement prévue avec une quinzaine de participant.e.s, cette Warm Up Session est désormais proposée en format vidéo. Laissez-vous guider par Nacera Belaza pour un échauffement autour du "mouvement libérateur" puis retrouvez la chorégraphe en compagnie de Madeleine Planeix-Crocker, curatrice des Warm Up Sessions, pour une discussion à l'occasion de sa prochaine création L'onde, à voir à la MC93 du 17 au 20 décembre 2020.
Cette Warm Up Session est l'occasion pour Nacera Belaza de partager l'un des pilliers de sa pratique, à savoir la répétition comme catalyseur de mouvements et de rassemblements.
 
Merci à Chaia Malécot pour sa participation.
En partenariat avec le Festival d'Automne.
 
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Les Warm Up Sessions partent d'une volonté de découvrir, d'incarner et d'analyser collectivement les techniques de training dans la performance. Les Sessions ont pour ambition de positionner l'échauffement comme une étape essentielle de la création performative. Ainsi, le training est compris comme un point de départ de la production chorégraphique, théâtrale et de la performance, un processus à la fois de partage et de réflexion. En partant d'invitations inclusives, les Sessions cherchent à déconstruire les silos érigés entre le mouvement etla pensée. Le cycle propose un espace de pratique et une plateforme de discussion pour toutes et tous, élaboré de concert avec les invité·e·s. Dans ce terrain d'expérimentation, les publics deviennent des participant·e·s acti·f·ve·s, donnant naissance à un event éphémère et récurrent.

Avec

Nacéra Belaza est une artiste chorégraphe née à Medea en Algérie qui vit en France depuis l'âge de cinq ans.

Après des études de lettres modernes, elle crée en 1989 sa propre compagnie. C’est en autodidacte qu’elle est entrée en danse, poussée par la nécessité vitale de s'exprimer, de dire et dénouer la complexité d'une double appartenance culturelle. C'est, pendant l'enfance puis l'adolescence, de ce corps contraint et confiné par le choc des cultures que surgit spontanément le langage, puisant la matière tout d'abord en soi puis dans ce que lui apportera la littérature. Pour libérer, il faut dire juste et précis, se défier de la complaisance et de la séduction. Nacéra Belaza chorégraphie un cheminement intérieur, l'espace, le vide en soi, les zones d'ombre et de lumière, le vertige, la répétition. Elle fait de la danse une plongée verticale introspective. Ses pièces explorent le mouvement en un souffle serein, profond et continu, confrontant la patience, la rigueur, le dépouillement au « vacarme assourdissant de nos existences », rendant au geste son utilité existentielle. Son travail, reconnu et salué par le ministère de la culture, lui a valu en 2015 d’être nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. En 2008 Le Cri a reçu le prix de la révélation du Syndicat de la Critique. En 2017, la SACD a également salué son parcours en lui remettant le Prix Chorégraphe. La compagnie bénéficie du statut CERNI (Compagnie et Ensemble à Rayonnement National et International) depuis 2017. L’ensemble de ses pièces sont régulièrement présentées en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord. En France, elle est invitée par des théâtres et festivals prestigieux tels que le Festival Montpellier Danse, les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, le Festival d’Avignon, la Biennale de la danse de Lyon ou encore le Festival de Marseille. Elle a, en parallèle de son activité en France et à l’étranger, créé en Algérie une coopérative qui lui permet de mener un travail régulier avec le pays de ses origines.

Originaire de Los Angeles, Madeleine Planeix-Crocker est curatrice associée à Lafayette Anticipations.

En 2018, elle y a fondé les  "Warm Up Sessions", un cycle de rencontres publiques et participatives autour des pratiques de training en danse et en performance. Au printemps 2021, elle propose une nouvelle série, "Dérives", qui souhaite contribuer à l'écriture de nouvelles histoires des arts à travers des dialogues co-construits avec des artistes contemporain·e·s. Ses intérêts se portent à la croisée de la recherche et de la curation de performances féministes, queer et intersectionnelles.

Diplômée de Princeton University en études culturelles, Madeleine a obtenu un Master spécialisé en Médias, Art et Création de HEC Paris et un M2 à l’EHESS. Elle y a porté un projet de recherche-création sur les performances féministes et les “safe spaces”, avec l’association Women Safe, où elle mène désormais un atelier de théâtre et d’écriture créative.Madeleine poursuit actuellement une thèse à l’EHESS (CRAL) autour des performances en commun contemporaines en France.

Elle pratique la danse et le théâtre depuis l’enfance.

À propos

Transcrip
tion

Madeleine Planeix-Crocker

Bonjour à tou·te·s, je m'appelle Madeleine Planeix-Crocker et je suis curatrice associée à Lafayette Anticipations. Je suis absolument ravie de pouvoir accueillir la performeuse et chorégraphe Nacera Belaza aujourd'hui pour cette Warm Up Session qui est filmée pour cause du confinement bis.

Merci beaucoup d'avoir répondu à cette proposition et on est quand même très content.e.s de pouvoir garder le lien, un tant soit peu, avec les participants et participantes, même en mode virtuel.

Sans trop tarder, on va commencer la partie discussion qui suit la première partie de ce tournage, à savoir l'invitation au mouvement que tu nous a proposé Nacera et un grand merci à Chaia Malécot, qui a participé à cette invitation au mouvement avec toi.

Bonjour Nacera !

Nacera Belaza

Bonjour !

Madeleine Planeix-Crocker

L’invitation au mouvement que tu nous proposes aujourd’hui émane en partie d’interrogations expérimentées dans le cadre de ta nouvelle création "L’onde", qui est programmée au Festival d'Automne, le festival qui est partenaire de cette session.

Est-ce que tu peux revenir sur les enjeux de cette pièce et également expliciter un plus la généalogie des gestes que tu as partagé, en tout cas les prémices, dans le cadre de cette session aujourd’hui ?

Nacera Belaza

J'ai coutume de dire que les pièces s'enchaînent assez naturellement, dans le sens où les espaces que je découvre à la fin d'une pièce m'amènent assez naturellement à explorer la pièce suivante, c'est comme ça que ça se passe d'une pièce à l'autre. Mais pour L’onde, je dirais qu’il y a une petite variante, qui est que j'ai créé "Le Cri" en 2008, qui était la première pièce qui m'a été inspirée par toutes ces danses traditionnelles que j'ai commencé à observer de plus près autour de 2003-2004.

Et j'avais vu à ce moment-là un groupe qui vient du sud de l'Algérie, qui s'appelle Ahellil. C'est un groupe d'hommes et de femmes qui ne sont ni danseur·euse·s ni chanteur·euse·s. Je le précise à chaque fois parce que c'est étonnant de voir l'impact qu'il·elle·s arrivent à avoir sur un public tout en n'étant pas ou en se disant pas professionnel·le·s. Et donc ils sont, épaule contre épaule et se balancent pendant très longtemps. Et on entend un chant, une psalmodie et ça dure une moyenne de deux heures. C'est vraiment une cérémonie en fait. J'avais été vraiment frappé quand je l'ai vu à l'Institut du monde arabe, de l’impact que ça avait eu sur le public. 

Comment des non-professionnel·le·s avec si peu, avec un micro mouvement, un chant quasi linéaire, arrivent à créer une telle écoute auprès du public. Ça a été vraiment une fascination absolue pour moi à ce moment-là. Donc ce n'est pas vraiment une danse traditionnelle en soi, mais c'est vraiment ce lien très particulier qu'elles entretiennent avec le spectateur et l'état dans lequel elles peuvent le mettre, qui n'est pas du tout une logique de représentation, il faut le savoir. Et c'est ça qui, à mon sens, a fait basculer beaucoup de choses dans mon travail. 

J’étais moi-même en recherche de cela puisque depuis le début je me disais que non le rapport que je veux entretenir avec le spectateur ce n’est un rapport de représentation dans le sens où je me soumets à son regard mais c’est un rapport de dialogue donc je fouillais cet endroit-là de manière assez intuitive jusqu’à ce que je puisse l’observer dans les danses traditionnelles.

Et donc ça a donné lieu à cette pièce en 2008 pour les Rencontres de Seine-Saint-Denis, "Le Cri", où l’on est en duo et on écoute un souffle comme ça, qui naît dans le corps et qui prend ensuite la forme d'un mouvement infini qui se propage et qui grandit pendant 45 minutes. En observant le mouvement répétitif à ce moment-là, je me rendais compte que la répétition, souvent dans les danses rituelles comme ça, elle veut dire… elle veut désarçonner le mental. On répète pour dire au mental de se taire et on répète pour se mettre dans un état. On répète pour ne pas être distrait par le corps parce qu'il refait la même chose; donc, on répète pour entrer en soi, on répète pour communier avec les autres et aussi avec le public.

Donc le mouvement répétitif pour moi, il est vraiment vecteur de tout ça, de ce lien, de cette communion qui peut se faire entre les êtres. A ce moment-là, je me suis posée une question. Je me suis dit, mais si je n'ajoute rien d'un point de vue chorégraphique, - donc si je fais barrage à mes idées - il se passe quoi si j'observe ce mouvement ?

Et bien, ce mouvement infini on voit qu’il s'amplifie et s'accélère naturellement, et à un moment donné, il a comme un point culminant. Donc j'ai écrit toute la pièce là-dessus et ce point culminant nous, on le vivait dans ce duo, il durait quelques secondes, on l'appelait “le déraillement” à l'intérieur de notre montre mécanique. C'était pour nous le moment de déraillement. Et ce mouvement infini s'ouvrait sur d'autres possibles, mais on le refermait presque aussitôt. Et j'ai gardé en mémoire cet endroit où j'ai eu l'intuition que ça pouvait ouvrir sur d'autres cheminements. Et dix ans après, "L’onde" vient à nouveau tendre ce fil, c’est à dire que j'ai repris cet endroit où le corps est emmené, mis en mouvement par un mouvement infini, par une image infinie placée dedans, et j'ai ajouté un autre infini - le premier infini étant un 8 - là j'ai ajouté un cercle - donc un cercle et un 8 - et ça donne L’onde.

C'est assez intéressant - et d'ailleurs, je rêverais de pouvoir jouer, ça m'est venu à l'esprit il y a quelques jours seulement - de pouvoir jouer "Le Cri" dans la continuité de "L’onde" où le corps - l'être plutôt car pour moi le corps n'est qu'une partie infime de l'être - l'être est emmené par ces deux infinis, cet imaginaire.

Mais il y a un principe quand même qui est récurrent dans toutes mes pièces, c'est que je mets en place - pour moi, le corps doit devenir un réceptacle, une page blanche à l'intérieur duquel je place un imaginaire quel qu'il soit - je m’autorise vraiment, je ne me pose aucune limite et d’ailleurs plus il est dérangeant pour moi, plus il est étranger, plus c'est un indicateur plutôt positif pour moi. Je place l’imaginaire au sein de l'être et je lui demande de se laisser faire par cet imaginaire, donc se laisser faire sur tous les plans,  physique, émotionnel, mental etc. donc défaire tous ces endroits de contrôle, tous ces endroits d'action qu'il a l'habitude, évidemment, d'utiliser fortement sur un plateau. Là, d'un coup, on désamorce tous ces endroits pour être emmené par l'imaginaire. Et après ce que ça écrit dans le corps, j'ai vraiment besoin que ça échappe et au chorégraphe et à l’interprète.

Madeleine Planeix-Crocker

Donc on en arrive à une notion qui est très importante dans le cadre de cette nouvelle création, "L’onde" - mais comme tu l’as indiqué dans le reste de ton corpus - de ce concept que tu nommes le mouvement libérateur et je voulais savoir comment spécifiquement, soit dans la manière d'échanger avec les collaborateurs et collaboratrices avec lesquel·le·s tu es amené à travailler -  on a pu voir là avec Chaia comment tu as amené par la parole, en tout cas, ce mouvement libéré et libérateur. Je voudrais savoir plus spécifiquement comment tu envisages rendre disponibles et réceptifs les corps à ce mouvement afin qu'on puisse arriver au stade où l'imaginaire devient le moteur principal de ces gestes.

Nacera Belaza

C'est vraiment la partie la plus importante du travail en fait : réussir à regagner cette disponibilité, parce qu'on se rend compte, évidemment... Pour commencer à travailler, il faut commencer par faire un tas d'observations : bien analyser le fonctionnement du corps de l'être humain, l'être humain dans la société, l'être humain en studio, l'être humain sur un plateau, qui n’est pas le même, et voir les réactions, voir comment il réagit. Qu'est ce que le plateau va stimuler chez lui? Comment vit-on au quotidien ? Cette notion d'unité, j'en ai eu besoin parce que je me suis rendue compte que le corps fonctionnait de manière totalement fractionnée dans la réalité. C'est-à-dire que les jambes nous portent, le dos nous maintient, la tête supervise et chaque partie du corps, on lui attribue une fonction très forte qui ne permet pas de retrouver cette unité, ce réceptacle prêt à accueillir absolument tout. 

Donc le travail est de nommer les choses, d’identifier son propre fonctionnement, sa propre mécanique, comment on se tient, pourquoi on se tient comme ça, pourquoi le mouvement a tendance à s’écrire ou à circuler toujours de telle ou telle manière. Donc c’est une véritable analyse de son propre fonctionnement en plus d’une introspection pour comprendre ses réactions, c’est-à-dire qu’est ce que ça provoque chez moi de me dire que je vais me laisser faire par l’imaginaire, là où on a une armée de peurs qui se soulève, donc il faut pouvoir les identifier, elles sont plus ou moins fortes… En fait c’est vraiment au cas par cas, c’est pour ça que c’est des choses que je ne peux pas transmettre de façon globale; on n’a pas les mêmes résistances, on n’a pas les mêmes aptitudes, la même envie de lâcher prise. Parce que des résistances on en a tous, mais à un moment donné ce qui va l’emporter c’est notre désir ou notre courage de se libérer de nos peurs, qui n’est pas le même d’un individu à l’autre. D’abord on éveille la conscience à tout ça, ensuite on commence à créer des espèces de petits barrages, cloisons pour se déjouer, détourner de ses propres habitudes - parce que moi je venais d’un champ artistique différent, la littérature notamment, et ça me paraissait tellement vaste et je me disais que je ne peux pas m’enfermer dans le corps quand même, je ne vais pas toute ma vie m’intéresser à cette infime partie de mon être - et du coup j’ai vraiment eu besoin très vite - le désir de se libérer a été un moteur énorme. Donc la nécessité de voir mon corps, non pas comme mon corps, ma propriété et j’y imprime ma personnalité, mes envies, ma façon d’être, de me montrer aux autres - j’ai voulu en faire une page blanche, le réceptacle idéal pour pouvoir accueillir tous les imaginaires, ça c’était primordial. 

Et une fois que l’on est en mesure d’accueillir cet imaginaire, on se rend compte qu’après il y a d’autres limites, d’autres résistances, donc on questionne ses peurs, on les interroge, on les soulève à des endroits où l’on ne pensait qu’elles pouvaient exister. 

Après lutter contre les habitudes - j’ai lu très tôt cette phrase “on ne se débarrasse pas d’une habitude en la jetant par les fenêtres mais en lui faisant descendre marche par marche l’escalier” parce que c’est extrêmement difficile, et encore plus le plateau parce que dans la vie quand on a envie de ces changements, on n’est pas en plus sous les feux des projecteurs, sous le regard des autres, ce qui va créer une pression supplémentaire pour nous pousser à faire face. Or faire face, ce n’est pas accueillir. Donc il faut inverser complètement la logique de plateau, c'est-à-dire que l’on reçoit, y compris sous le regard de l’autre. C’est vraiment un travail colossal. Je pourrais en parler vraiment pendant des heures, comment retrouver une forme de disponibilité, d'innocence aussi dans son rapport à soi, à son propre imaginaire. Et quand je convoque l’imaginaire, je convoque l’enfance d’une certaine manière. Et ça je m’en rends compte effectivement quand je demande à un enfant d’imaginer une chose, ça prend une demie-seconde; je demande à un adulte, je sens que ça transite par le mental où il se dit "ah oui mais je sais que ce n’est pas possible, mais je vais faire comme si”; donc il met en marche tout une mécanique de simulation, et je dirais qu’elle est même un peu plus grande chez les gens qui vont sur le plateau - sans vouloir viser personne - on veut se rapprocher d’une forme de réalité mais on ne fait que la simuler :  la faire renaître ça implique un petit peu tout ce que je viens de raconter là, sur le travail sur soi.

 

Madeleine Planeix-Crocker

Donc finalement on arrive à une autre de tes ambitions, qui est une meilleure connaissance de soi grâce à cette démarche, qui passe par le mouvement libérateur et libéré. Donc je voulais savoir comment est-ce que finalement tu as vu se manifester, que ce soit dans ta propre pratique ou celle des interprètes avec lesquel·le·s tu collabores, l’expression de cette connaissance de soi, qui aussi se conjugue au sein d’un collectif. Et c’est un facteur qui d’ailleurs aussi très important pour moi et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle tu as souhaité effectuer l’invitation au mouvement en binôme, c’est parce que tu collabores.

Nacera Belaza

C’est dans la transmission, c’est dans l’observation, c’est dans l’échange bien sûr. La connaissance de soi n’est pas un objectif, c’est un bénéfice inestimable de ce travail. C’est à dire qu’on se rend compte que faire naître un mouvement libre en soi, c’est tout sauf simple. On est tellement farcis de résistances, de projections, d'idées de, etc... que le mouvement libre ça fait très longtemps qu’on l’a laissé derrière nous et pour le retrouver c’est un travail colossal sur soi. Et moi je me rends compte que là aussi, il y a des individus pour qui ça prend tout son sens de commencer à réaliser que produire un mouvement c’est apprendre à se connaître en profondeur, et y en a pour qui cela fait vraiment sens et d’autres pour qui c’est plus difficile. L'introspection, ce n’est pas non plus une partie de plaisir. Ça déjà ça fait une sélection. Ensuite je n’ai pas affaire aux mêmes résistances. Par exemple, j'ai travaillé avec un groupe de 4 danseuses pour "L’Onde", je n’ai pas les mêmes histoires, ni les mêmes parcours. Pour "Le Cercle", la pièce d’avant, c’était encore plus évident, enfin non, c’était aussi fort mais il y avait des cultures qui se croisaient qui étaient différentes et on se rend compte que pour rééquilibrer, pour arriver à accorder tout ce monde là à l’endroit de cette fréquence de l'accueil, de la disponibilité du lâcher prise, il y a un travail individuel sur chacun qui est indispensable où on va se mettre à observer... Donc en fait il y a tout un travail de réglage, de régulation chez chacun et vis à vis de l’ensemble, j’ai l'impression d’avoir fait une gigantesque horloge pour arriver à accorder. Parce qu’en fait même, le mot liberté ou libérateur, on en a tous une compréhension différente, une idée différente. L’idée je me rend compte qu’elle est bien souvent plus forte que la traduction réelle des choses. Déjà, il faut se mettre d’accord là-dessus. Pour moi c’est ça la liberté. Quand j’arrive à me contraindre très fortement dans un premier temps pour pouvoir faire sourdre, jaillir quelque chose de plus profond et qui m’échappe. Sinon je ne suis que dans la répétition de ce que je suis, de ce que je sais faire, de ce je pense être mes limites ou non et ça pour moi c’est l’enfermement. Donc déjà expliquer, à chacun qu’on va devoir passer à travers les mêmes filtres, donc la contrainte et ça là aussi on est pas tous égaux par rapport à la contrainte. Certain·e·s prennent du plaisir à travailler avec la contrainte, d’autres la rejettent, pour d’autres elle leur est totalement étrangère, c’est comme si on devait passer tout son être, sa nature profonde à travers ces filtres, pour arriver à créer ce mot qu’on utilise assez facilement, à une forme de commun. Le commun ne peut naître qu’une fois qu’on s’est délesté, défait de tout un attirail en lien avec notre image et notre apparence qu’on veut montrer à l’autre. Ce n’est seulement quand on se défait qu’on se met à à toucher du doigt autre chose, une autre nature plus profonde, l’autre moi, certains diront, qui quand on est relié à cet endroit là, quelque soit le pays, la culture où on tourne ça résonne chez tout le monde, et ça aussi, pour moi, c’est l’endroit du commun. C’est des notions finalement accessibles à tou·te·s qui semblent très simples. Mais je me rends compte que vu comment on fonctionne dans nos sociétés aujourd’hui qui vont quand même à l’encontre de beaucoup de choses de notre nature, de la nature,  c’est le chemin qui est devenu... - je constate à travers les ateliers que je donne et les expériences que j’ai avec les danseurs, et certaines réactions dans le public d’ailleurs aussi - je me rends compte que c’est devenu le chemin le plus difficile finalement... de revenir à ça, à quelque chose de profondément  naturel. 

Madeleine Planeix-Crocker

Je pense que là aujourd'hui déjà dans le cadre de cette session tu as pu nous offrir, bien plus qu’un aperçu, déjà un aperçu immersif dans cette réflexion poussée que tu as depuis un certain temps et qui se manifeste dans ta nouvelle création. 

Je te suis extrêmement reconnaissante d’avoir effectué ce partage et de l’avoir opéré en binôme pour l’invitation au mouvement. Et qu’on vous invite chaleureusement à reproduire chez vous à l’écoute des paroles de Nacera. Donc Nacera je te remercie vraiment pour ta participation. 

Un grand merci à tou.te.s les participant.e.s qui se seront livré.e.s à cette expérience de Warm Up Session virtuelle, n’hésitez pas à nous faire part de vos retours sur cette expérience et surtout on espère vivement vous retrouver prochainement en chair et en os ici à Lafayette Anticipations. Merci beaucoup et à bientôt !