À l'initiative de Jack Liesveld, habitant de la résidence des Saint-Simoniens de Ménilmontant, qui dépend aujourd'hui du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, Ulla von Brandenburg a décidé de réactiver l'esprit de la philosophie de Saint-Simon, porté en 1832, à Ménilmontant déjà, par Prosper Enfantin et trente-deux disciples.

Né d'une commande dans le cadre de l'action Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France, le projet est constitué d'une performance, d'un film et d'une installation.

La pièce écrite et mise en scène par Ulla von Brandenburg revient aux origines des utopies sociales, d’un positivisme aujourd’hui désuet qui a pourtant bel et bien incarné l’espoir d’un renouveau esthétique, synonyme de progrès social, d’abolition des privilèges, de mobilité, de technologies industrielles et d’accessibilité.

Lorsque Ulla von Brandenburg a rencontré les habitants de la résidence des Saint-Simoniens et surtout Jack Liesveld, l’artiste a d’abord songé que la commande qui lui était faite pourrait trouver à se réaliser dans une immense bannière portée au flanc de la résidence, perchée sur la colline de Ménilmontant où les disciples de Saint-Simon ont prospéré en 1832. Le saint-simonisme qu’elle découvrait alors semblait offrir des ressources historiques et sociales évidentes, à même de rayonner depuis les hauteurs parisiennes pour propager plus bas l’écho des utopies passées. 

Mais à force d’entretiens avec ses nouveaux commanditaires, les résidents bien sûr, les médiateurs et ses partenaires institutionnels, Ulla von Brandenburg a mis au jour bien plus que les vestiges d’un simple courant de pensée, les fondations d’un véritable projet de société, mort-né au 19ème siècle et férocement contemporain.

Le saint-simonisme préconise, sur les cendres encore fumantes de la Révolution, une société fraternelle dont les membres les plus compétents (industriels, scientifiques, artistes, intellectuels, ingénieurs…) auraient pour tâche d'administrer la France le plus économiquement possible, afin d'en faire un pays prospère, où règneraient l'esprit d'entreprise, l'intérêt général et le bien commun, la liberté et la paix. Mobilisé par la recherche d'un principe universel capable de sous-tendre une philosophie conçue comme science générale, le comte de Saint-Simon (1760-1825), qui en est l’instigateur, élit la gravitation universelle comme principe directeur et décline sur ce positivisme une théorie sociale et politique, fondée sur des principes d’égalité parfaite. Comme les lois de la physique s’appliquent indifféremment aux Hommes, chacun devrait pouvoir sous cet empire grimper l'échelle sociale selon ses mérites sans pour autant verser dans l’égoïsme et l’individualisme.

C’est aussi parce que le saint-simonisme a porté au cœur de sa doctrine la « question femme », jusqu’à participer au regain de féminisme qui se produit au cours des années 1830, que Ulla von Brandenburg a décidé de s’atteler à l’écriture d’une œuvre plus ambitieuse, à même de confronter l’esprit de Saint-Simon à l’ère post-industrielle.

PRODUCTION
du
18
mars 2015
au
31
janv. 2016
Il y a 995 jour(s)
Ulla von Brandenburg, performance <i>Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon</i>, Performatik Festival Kaaitheater, Bruxelles, 18-19 mars 2015 © Robin Zenner
Ulla von Brandenburg, performance Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon, Performatik Festival Kaaitheater, Bruxelles, 18-19 mars 2015 © Robin Zenner
Film, <i>Kalns, Grimsti ! Ieleja, Celies !</i>, <i>Sink down mountain, raise up valley !</i>, 2015 © Ulla von Brandenburg
Film, Kalns, Grimsti ! Ieleja, Celies !, Sink down mountain, raise up valley !, 2015 © Ulla von Brandenburg
Ulla von Brandenburg, Installation vidéo, <i>Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon</i>, Performa 15, New York, 6-15 novembre 2015 © Ian Giles
Ulla von Brandenburg, installation vidéo, Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon, Performa 15, New York, 6-15 novembre 2015 © Ian Giles